samedi 1er novembre 2008, par Anne Reverseau
A partir de l’analyse d’un ensemble de poèmes de Philippe Soupault seront abordés les jeux d’emprunts aux médias visuels et les enjeux de ces transferts dans la poésie de l’époque moderniste : l’importance donnée au paratexte, l’usage de titres à valeur manifestaire, ainsi que la complémentarité des modèles photographiques et cinématographiques avant 1930. Photographies animées, titre sous lequel sont regroupés cinq courts poèmes de Soupault publiés dans SIC à la fin de l’année 1918, renvoie à la fois aux premiers films des Frères Lumière et à la photographie de mouvement, deux techniques à la charnière du XIXe et du XXe siècle. A une époque où les avant-gardes cherchent à répondre à l’injonction d’Apollinaire lors de la conférence sur « l’Esprit nouveau et les poètes » et à s’approprier les innovations technologiques, l’emprunt que fait Soupault à la forme primitive de la « photographie animée » peut surprendre.
Le titre que donne Soupault, qui est aussi celui d’un article de Vitrac, de même que la multiplicité des paratextes renvoyant à des formes passées, populaires ou dévalorisées de la photographie (« cartes postales » ou « documentaire » par exemple) permettent de nuancer la course au progrès des avant-gardes en mettant à jour un imaginaire photographique anachronique, en décalage avec les innovations médiatiques de l’époque. On cherchera donc à voir en ces quelques poèmes le symbole d’un modernisme nostalgique, qui fait preuve d’un imaginaire régressif et d’une fascination pour l’enfance de l’art, le symbole d’une avant-garde qui serait paradoxalement anachronique, comme on le perçoit plus clairement encore dans le rapport des surréalistes au visuel, dans les revues dont l’iconographie appartient au XIXe siècle et dans leur passion pour la « Belle époque ».