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Poésie noire, techne blanche

samedi 1er novembre 2008, par Carrie Noland


Dans mon premier livre, La poésie est en jeu : l’esthétique lyrique et le défi de la technologie, j’ai étudié la réponse des poètes modernes aux nouvelles technologies—de la scène, du cinéma, de la presse, de la typographie, et de la dissémination (numérique et autre). Ma conclusion était que les poètes considèrent la technologie comme, à la fois, une menace à éviter et un potentiel à réaliser. De plus, la technologie devient la figure de leur propre hétéronomie, le fait qu’un sujet n’est jamais identique à lui-même (« non-self-identity » en anglais). Alors, la question que je me suis posée à l’occasion de ce colloque est si les poètes noirs de la modernité—surtout Léon Gontran Damas et Aimé Césaire—ont vécu la techne de la même manière. La presse française, invention par excellence de la civilisation européenne/occidentale (et surtout la petite revue littéraire) a joué un très grand rôle dans la vie des étudiants francophones vivant en France aux années 30. Ils ont vite adopté un support qui leur permettait d’exister en tant que « communauté imaginaire » mais qui les éloignait en même temps de leur spécificité ethnique et parfois personnelle. Ils se sont exprimés par le biais d’une technologie « blanche » mais la Négritude n’aurait pas pu voir le jour sans cet intermédiaire médiatisant. Je chercherai surtout dans la poésie de Damas (qui a publié le premier recueil de poésie par un noir en français en 1937) des signes de cette ambivalence envers le support imprimé (et plus spécifiquement la petite revue qui établit une communauté mixte) non seulement au niveau thématique (le thème de l’aliénation est partout) mais aussi au niveau formel (mise en page, signes diacritiques, imitation de modèles français, etc.). Comment la communauté franco-africaine/antillaise a-t-elle vécu la technologie moderne ? En quoi un Damas se distingue-t-il d’un Char ?

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